Ou comment le développement de l’élevage bovin en Nouvelle-Calédonie a naturellement amené les pouvoirs publics à créer l’OCEF en 1963.

Un peu d’histoire

Rédigé d’après les propos de Monsieur Luc CHEVALIER (†), historien, conservateur honoraire du Musée Territorial de Nouvelle-Calédonie.

C’est James Paddon, un colon anglais, qui a introduit de Nouvelle-Zélande et d’Australie les premières têtes de bétail il y a presque deux siècles. Il les avait installées sur les collines du Sémaphore et du Mont Coffyn. C’est un maori qui gardait ce troupeau.

Avec l’augmentation de la population de la capitale Port de France (devenue Nouméa), les besoins en viande se sont accrus et l’élevage s’est développé. Le gouverneur a alors autorisé, en 1854, l’ouverture de boucheries. Il s’agissait en fait de tueries. Les conditions sanitaires étaient, bien évidemment, très différentes de celles d’aujourd’hui.

Il a fallu attendre 1866 pour que l’administration établisse un règlement pour les tueries de bétail et décide la construction d’un abattoir officiel à l’Anse du Tir. Le bétail était surtout produit en brousse, principalement sur la côté ouest et il fallait donc mener les troupeaux depuis la brousse vers la capitale. Les éleveurs descendaient, à cheval, les têtes de bétail de leurs propriétés vers Nouméa par un itinéraire très précis appelé « le sentier des conduites de bétail ». Ce sentier évitait au maximum la route coloniale. Tout le long de cet itinéraire, des « carrés à bétails » étaient établis pour y passer la nuit. Les stockmen et le chef de conduite menaient ainsi leur troupeau jusqu’à Ducos, pour une quarantaine, sur la rive Est de l’embouchure de la Rivière Salée. Ils faisaient environ 30 à 35 km par jour. La durée de la conduite variait donc, selon leur point de départ. Les carrés étaient aménagés en fonction des besoins du bétail et les stockmen dormaient à la belle étoile. C’était un métier très dur mais un véritable esprit de corps régnait : le chef de conduite était le grand patron, il donnait des consignes strictes : sauver le bétail avant tout, de jour comme de nuit, par tous les temps.

Selon la demande des bouchers, le bétail était conduit de la quarantaine de Ducos à l’abattoir de Douyi-Ambo (Doniambo) par l’embouchure de la rivière Salée. Des stockmen, employés de l’abattoir, faisaient traverser les bêtes, par lot de 20 têtes, à marée basse.

Les bouchers achetaient leur viande par quartier directement à l’abattoir. Il y avait 4 boucheries importantes à Nouméa : les boucheries Ballande, Peyrole, Bouyé et la boucherie des éleveurs. La viande était distribuée de deux façons : soit le client allait directement à la boucherie, soit la mère de famille marquait sa commande de viande sur un carnet et le déposait dans une « boîte à viande » placée dans tous les quartiers de Nouméa. Le soir, les commis des bouchers effectuaient le ramassage des carnets, préparaient les commandes et les livraient à domicile.

L’abattage et la commercialisation se sont déroulés ainsi jusqu’en mars 1942, date de l’arrivée des troupes américaines en Nouvelle-Calédonie.

La présence massive des soldats américains, (rappelons-nous que la population de Nouméa a triplé en quelques heures) a bouleversé le système alors en place, les habitudes et la demande. Au départ des troupes américaines en 1946, il a fallu s’adapter à la nouvelle situation. C’est ainsi que Monsieur Vergès, directeur du Service Vétérinaire, a estimé que le transport du bétail devait être modifié et l’installation de tueries règlementées. Cette réforme faisait suite à l’introduction de la tique provenant d’animaux importés du Queensland par les troupes américaines qui a conduit les autorités à interdire les conduites pour essayer d’éviter la prolifération de ce parasite. Des tueries ont donc été construites sur toutes les propriétés du Territoire. Les bêtes abattues étaient alors acheminées vers Nouméa par quartiers entiers dans des camions bâchés. A la fin des années 50, la création d’un entrepôt frigorifique a été proposée pour centraliser et conserver la viande. Ces entrepôts ont été construits sur l’ancien emplacement de la quarantaine de Ducos, sur le site du siège de l’OCEF actuel grâce à un financement FIDES de 25 millions de francs.

En 1963, L’OCEF est créé dans le but de gérer ces nouveaux entrepôts et d’améliorer la commercialisation des denrées périssables. Le stockage au froid des viandes, des fruits et des légumes dans ces nouveaux locaux doit permettre d’étaler leur période de commercialisation et donc d’augmenter la production locale marchande.

En 1968, par convention, les bouchers ont confié à l’OCEF, la mission de l’abattage de l’ensemble des animaux destinés au marché du grand Nouméa.

En 1976, la Nouvelle-Calédonie décidait de la création de la section pommes de terre de l’établissement pour réguler le marché. Par ailleurs, la filière porcine était rajoutée aux compétences de l’OCEF.

En 1985, l’OCEF ouvrait ses deux abattoirs aux normes européennes à Païta et Bourail.

2011 verra l’ouverture du centre de distribution des viandes du Nord, actuellement en construction sur le site de Tipenga à Pouembout et dont la gestion devrait être confiée au secteur privé.